1 déc. 2009

minarets: le vote par les tripes

Un coup de massue. Voilà ce que les opposant-e-s à l’initiative ont reçu en pleine figure dimanche dernier. Un grand cri : Non ! et tout de suite après une question : pourquoi, pourquoi, pourquoi ?
Le peuple suisse a ainsi ancré dans la Constitution une discrimination, visant une minorité. Bien sûr les musulmans de Suisse pourront toujours aller prier dans des mosquées. Il n’en reste pas moins que le peuple a décidé de viser symboliquement une minorité. C’est un vote avec les tripes. L’émotionnel l’a emporté sur la raison.
Mais soyons sincères : la lutte était perdue d’avance. Le débat a tournée sur l’islam. Or, remonter l’image de cette religion suite à la campagne anti-musulmans commencée après le 11 septembre 2001 était mission impossible. Expliquer l’islam en deux mois qu’a duré la campagne alors que cette religion est dénigrée depuis des années et que les lieux de rencontre entre cette religion et la population manquent cruellement relevait de l’impossible.
A quelques jours du résultat du vote les élu-e-s de droite rivalisent d’ingéniosité pour déposer des interventions plus ou moins judicieuses pour essayer de rassurer le peuple. Pourtant, ce qui a été dit durant la campagne n’en reste pas moins vrai le lendemain. Les rapports du département justice et police sont formels, il n’existe pas de foyers d’extrêmistes en Suisse. Les musulmans de Suisse sont modérés, provenant des balkans et le 80% ne pratiquent pas et ne s’intéressent pas à la religion. Il n’y pas de femmes lapidées ou excisées en Suisse, et si tel était le cas pour peu que les autorités en soient informées, elles sanctionneraient évidemment les coupables.
Alors pourquoi cette avalanche de propositions qui soutendent que la communauté musulmane est fondamentaliste ?
Il nous faut bien sûr prendre au sérieux les craintes exprimées par les gens, mais il ne faut pas continuer à les entretenir. Ainsi, je crois que la question qui se pose également aujourd’hui est : comment en est-on arrivé là ? Comment est-ce que le peuple Suisse a voté avec ses tripes et oublié sa raison ? Un début de réponse est possible : depuis dix ans on banalise la xénophobie, le racisme. Par des campagnes d’affichages par exemple flirtant avec la légalité, par des propositions d’un ancien Conseiller Fédéral de supprimer la norme anti raciste de notre Constitution tendant à démontrer que cette thématique n’est pas importante dans notre pays. Par un manque d’ « éducation » des Suisses au débat public et donc une certaine difficulté à débattre des valeurs. D’ailleurs, la réintroduction des cours de civisme dans nos écoles semble indispensable.
Mais la banalisation de la xénophobie ne suffit pas à expliquer ce vote. Il est clair que certaines questions doivent être abordées non seulement d’un point de vue pragmatique, par exemple comment gérer le port du voile, qui a « le droit » de le mettre et où, mais aussi d’un point de vue des valeurs Le fait qu’une très rare minorité de la communauté musulmane estime que les femmes et les hommes ne doivent pas se serrer la main doit être discutée à la lumière du principe de l’égalité à laquelle nous croyons.. Nous touchons là un domaine extrêmement important : le rapport entre religion et laïcité.
Mais il y a manière et manière de débattre. Il nous faut renforcer les lieux de dialogue entre l’Etat et TOUTES les religions. Par des plateformes, des interfaces de discussion par exemple. Il nous appartient aujourd’hui de calmer le jeu, de rappeler que la communauté musulmane n’a pas besoin de plus ou de moins d’intégration que d’autres communautés ou de lois spéciales…
En conclusion, si j’estime que le résultat de dimanche est grave, il s’agit aussi de l’insérer dans un contexte de crise internationale et nationale : crise économique et sociale. Terreau toujours fertile à la recherche d’un bouc émissaire.
Ironie de la politique : le ps se bat depuis toujours pour l’intégration de toutes les personnes. Etrangères, suisses, athées, croyantes. Par une mixité sociale, par une politique de la formation digne de ce nom, …
Quoiqu’il en soit, les initiants devront assumer cette fois leur provocation. Qu’ils le veuillent ou non, que cela les touche ou non, ce vote aura des répercussions dans notre rapport au monde. Dans nos rapports avec les organismes européens et internationaux, dans nos rapports économiques avec les pays musulmans. Et surtout, ce vote est salué par les nationalistes européens ce qui réjouit certainement les initiants, mais certainement moins la grande majorité des votants qui dimanche a dit oui.

13 commentaires:

R. a dit…

Tout d'abord, la question posée dimanche était une question inutile. Maintenant, le résultat est là.
Les Suisses n'ont pas voté contre les minarets et encore moins contre l'Islam. La population a exprimé son ras-le-bol, tout simplement !
1. Ras-le-bol face à toutes les aggressions extérieures à la Suisse depuis 18 mois (affaire lybienne, attaques de l'OCDE, et d'autres)
2. Ras-le-bol de devoir accepter le toujours politiquement correct de nos autorités et nos élus en réponse à ces attaques contre la Suisse.
3. Ras-le-bol de la crise intérieure entretenue par certains milieux politiques qui souhaitent affaiblir le tissu économique au profit des pays concurrents

Si l'on prend tout cela en compte, et ce n'est pas exhaustif, le résultat n'est pas uniquement une réponse à cette question non-pertinente des minarets. Malheureusement, le timing et le contexte n'ont affreusement pas aidé. En réalité, c'est le week-end de votation AU COMPLET qui est négatif (interdiction des minarets et exportation du matériel de guerre). Et ce n'est pas du nationalisme primaire que d'exprimer ce ras-le-bol, car 58% de la population c'est plus que le simple pourcentage de l'UDC...

Les politiques doivent se resaisir et ne pas traîter le population avec condescendence.

Pan a dit…

Bonjour madame.
J'ai voté non à cette initiative stupide et je me joins à vous pour déplorer le résultat car la liberté d'une manière générale est pour moi quelque chose de très précieux.

Néanmoins, le seul aspect positif de la chose est d'avoir montré le profond décalage entre une certaine sorte de gens médiatisés (politiciens, "intellectuels" et journalistes en particuliers) et la population. Le refus de prendre au sérieux l'opinion de ce qui s'est révélé être la majorité constitue un fait regrettable. Le moment devrait être venu pour les politiques et gens des médias d'opérer une remise en question. La balle est dans leur camp également, sur ce point là.
On constate au contraire une absence totale de remis en question t une attitude arrogante qui consiste à dire que la population s'est trompée. Prendre les gens pour des imbéciles, en fait. Ce qui est précisément l'une des raisons de ce vote.

Il faut être clair, madame, je me désole avec vous de ce vote et de son résultat. Mais si la classe politico-médiatique avait le toupet de faire revoter la population, je joindrai ma voix à celle de l'UDC sans aucun remord, histoire de vous donner une seconde occasion de remise en question.

H, MAKKI Lausanne a dit…

(Hassane Makki / commentaire en deux parties (2 décembre 2009): Seconde partie)

Pour conclure : Oui, il faut agir et dialoguer - de manière calme, sereine et ouverte - sur les valeurs de notre pays par rapport à cette question de « l’Islam en Suisse » c.-à-d. en fait les « musulman(e)s en Suisse et de Suisse ». C’est donc le chemin à suivre et j’espère qu’en votre position d’élue, de citoyenne laïque et de femme de conviction, vous entreprendrez cette démarche en lançant un appel haut et fort à toutes celles et ceux qui peuvent contribuer à ce dialogue, toutes catégories confondues. Si ce dialogue aura lieu, ce que j’espère très fort, sachez que vous pouvez compter sur mon soutien, ma présence et ma contribution personnelle.

Merci encore pour votre engagement citoyen et laïque, et votre engagement de cœur.

PS : Me concernant, vous consulter le site web : http://dictionnairedesarabismes.ifrance.com/ .
Merci me communiquer votre courriel, car je pourrai, si vous le souhaitez, vous envoyer deux articles publié dans du « Temps » et me concernant ; Un de ces articles, publié quelques années en arrière, est justement lié à cette question de valeurs et d’Islam en Suisse ;

Hassane Makki (hassanemakki@yahoo.fr)
10 Bd de Grancy, 1006 Lausanne
078 611 17 46

H, Makki (Lausanne) a dit…

(Hassane Makki / commentaire en deux parties (2 décembre 2009): Première partie)

Merci Mme Marra pour votre intervention à Infrarouge ainsi que votre texte dans « Minarets, le vote par les tripes ».

Je ne voudrais pas revenir ce qui a été dit dans cette émission, sauf sur une chose que je trouve fondamentale et sur laquelle je vous soutiens 100% : il faut un dialogue sur les valeurs de notre pays avec raison et sérénité, sur ce certains appellent de manière floue « L’islam en Suisse ».

Je serais même tenté de dire « les Islams en Suisse », car l’univers de « l’Islam » dans le monde entier, est divers, multiple et complexe. Cet un univers est à prendre sous l’angle des civilisations, et non de la religion, mais ça c’est une autre histoire qui pourrait être éclaircie dans d’autres débats.

Discuter donc de l’Islam en tant religion est certes intéressante, mais à mes yeux, c’est hors sujet car l’Islam est ce qu’il est et tout dépend ce que « les musulman(ne)s croyant(e)s et pratiquant(e)s » en font. Ce sont donc les valeurs de la société qui doivent être au centre du débat avec ce que l’on appelle « les musulman(ne)s » en Suisse.

Par conséquent, plutôt que de parler de la religion ou de cet univers, je préfère parler des « musulman(e)s » en Suisse (citoyen(ne)s et toutes autres nationalités), car après tout, c’est de cette catégorie de la société et de leur rapport aux valeurs de ce pays dont il s’agit dans ce débat et cette initiative lamentable.

Mais cette étiquette de « musulman(e)s » me dérange, car « floue et ambiguë», comme du reste tous les mots utilisés hélas et mille fois hélas et avec une redoutable démagogie efficace par l’UDC et l’UDF. Car parler et appeler à dialoguer avec des « musulmans », c’est bien et beau, mais avec lesquels ? Qui les représentent ? Les imans (ah non merci !) ? Les croyant(e)s non pratiquant(e)s ou pratiquant(e)s ? Mais comment les définir et sont-ils représentatifs ? Les athées (j’en suis un) ? Les laïques (j’en suis un aussi) ? Ou alors rout le monde ? Peut-être !

Maintenant c’est l’avenir qui compte et pas le passé. Mais on ne peut pas construire un avenir de la Suisse et « ses musulman(e)s » en passant à côté et sans régler le problème des mots et/ou des maux du passé. Je refuse que quiconque se positionne en victime (car trop facile et l’UDC est redoutable sur ce plan). Il faut se positionner en citoyen(ne)s responsables, et revenir aussi – et j’insiste - sur tous les arguments démagogiques et les mots ambigus et flous que l’UDC et l’UDF ont utilisés durant cette campagne. Cela permet surtout de mieux éclairer à toutes celles et ceux qui sont tombés dans le piège de cette initiative en la soutenant et cela permet de « réparer » le mal fait chez celles et ceux qui ont voté contre cette initiative, et ce mal concerne toutes et tous et pas seulement les « musulman(e)s ».

La peur vient de l’ignorance, et elle est évacuée et remplacée par la confiance, l’ouverture et la tolérance grâce au dialogue et au savoir. C’est de la responsabilité de nous tous et toutes, toutes catégories de citoyen(e)s confondues, y compris et surtout ce que l’on désigne sous l’étiquette « musulman(e)s ». Juste pour donner un exemple concret, on peut imaginer un lexique où l’on reprend un à un tous ces « mots flous et ambigus » utilisés dans la campagne et démontrer les mensonges qui se cachent derrière, et démonter par la même occasion ce discours dangereux de l’UDC et de l’UDF. Et ce lexique aura le mérite de s’adresser justement à ceux et celles qui les ont entendus (les pros et les contra de l’initiative), afin qu’ils et qu’elles sachent tout simplement les vérités. C’est un exemple parmi d’autres.

alex a dit…

Ma pauvre Ada, vous pensez faire partie de l'élite mais vous n'êtes qu'une éternelle prolo déguisée en petite bourgeoise romande. C'est risible, et très embarrassant.

Anonyme a dit…

J'ai voté "non" à cette initiative ridicule. Le mal est fait. Dommage. Ce que je retiens c'est que cet imbécile de Freysinger et son parti de "il n'y en a point comme nous" salissent sans relâche l'image de TOUS les Helvètes avec leurs propositions imbéciles. Le reste du Parlement les laisse agir en toute quiétude. Les journalistes les invitent du déjeuner au souper. Je suis persuadé que la majorité des gens qui ont votés "oui", ont uniquement votés contre le symbole architectural. Ils n'ont pas votés contre les musulmans, ni contre les mosquées. Ils ont votés contre le clocher de la mosquée et l'homme qui risquerait d'y chanter avec un micro. Rien d'autre. 95% des Suisses savent que Khadafi et les extrémistes de l'Islam ne représentent qu'une minorité des musulmans. Les UDC ont pris un thème absurde mais perturbant pour les "montagnards" que nous sommes, afin de se faire de la pub. Et ils ont réussi! Malheureusement ce que les votants n'ont pas saisi, c'est que nos "il n'y en a point comme nous" les ont manipulés et qu'ils leur font et feront bien plus de mal que les "clochers musulmans".

Hans Boub a dit…

Chère Ada Marra,

J'ai voté pour l'initiative contre les minarets, sans peur et de manière très réfléchie. Le minaret qui est un symbole de domination, d'appartenance d'une terre à Allah n'a pas sa place en Suisse, terre aux racines chrétiennes et démocratie de premier plan. S'offre chez nous un immense espace de liberté aux musulmans outre quelques éléments que nous leur demandons de respecter comme celui de ne pas construire de minarets. Les musulmans sont les bienvenus chez nous, ils peuvent travailler, pratiquer leur culte et vivre en respectant nos coutumes et notre culture. Comme Madame Calmy-Rey fait lorsqu'elle porte le voile pour rencontrer le Président iranien, respectant les coutumes locales. Le respect ne doit pas toujours être à sens unique.

Hans Boub.

Nic a dit…

@Alex : Vous n'êtes pas du même avis qu'Ada Marra, soit. Mais serait-il possible de laisser des commentaires argumentés plutôt que des invectives ?

Nic a dit…

Un grand merci pour l'intelligence et la dignité de vos interventions sur les ondes de la TSR (infrarouge, intervention post-votations).

Comme vous l'écrivez, la raison doit primer sur les passions et j'espère vous voir encore longtemps en politique pour faire valoir ce principe.

Serjirao a dit…

Islam signifie "s'en remettre Dieu"
Je m'en remets donc à Lui et j'invite tout un chacun à faire de même, quelque soit ses croyances... Dieu est au delà de la politique, des haines raciales et religieuses, de la peur et de la stupidité qu'elle soit d'extrême droite ou de gauche.
Aimons-nous, si toutefois nous en sommes capable...

AB a dit…

Bien que j'étais contre l'initiative, je tente une analyse que je n'ai pas encore entendue :

On pourrait dire que le vote des Suisses suit finalement l'approche helvétique traditionnelle :
“Tu veux vivre avec nous ? Nous voulons voir d'abord si tu t'intègres bien, comment les choses se passent : il faut que tu fasses tes preuves pour que tu puisses avoir ta place complète”.

On peut voir par exemple ce principe dans l'histoire des catholiques dans le canton de Vaud : à partir de la fin du 19e siècle, on leur a permi de construire des églises, tant qu'on ne les voyait pas trop, et ils pouvaient chanter, tant qu'on ne les entendait pas trop ; par contre, ils ne pouvaient pas faire de clochers avec des cloches... 100 ans après, les catholiques sont reconnus officiellement par la constitiution vaudoise au même titre que les protestants, après une première reconnaissance vers 1970.

Les musulmans n'ont aucune interdiction à construire des mosquées en Suisse, ni à pratiquer leur culte. Peut-être que l'interdiction des minarets veut simplement reprendre ce principe progressif d'implantation en Suisse : pas trop vite de signes visibles ; commencez à vivre votre foi simplement, jusqu'à ce qu'on voie que tout ce passe bien, et que votre place se fasse naturellement.

Il est clair que certaines expressions violentes de l'Islam ont convaincu beaucoup de Suisses à garder cette attitude prudente. Cela invite à un débat interne aux musulmans, pour qu'ils montrent aussi quelle forme d'Islam va prédominer en Suisse.

Le souhait le plus profond est que tout cela permette, à moyen et long terme, de construire solidement la paix, à la manière helvétique.

Serjirao a dit…

Intéressante analyse AB... Il n'en reste pas moins que l'initiative est "trollesque" comme on dit sur internet... Une façon d'enflammer les foules pour faire réagir négativement le plus grand nombre de personne. A présent, si le vote reflète le sens de votre anaylse, alors peut-être pouvons-nous nous réjouir du jour où, enfin, les musulmans seront acceptés.

Anonyme a dit…

Que les musulmans, chrétiens et croyants de toutes autres confessions replantent des forêts de par le monde main dans la main, plutôt que de se disputer sur les aspects extérieurs de leur foi. Nous nous disputons sur des points de détails alors que Dieu nous a laissé une belle planète que nous détruisons afin de satisfaire des modes de vie "non-naturels".